... ce n'est pas l'affaire du mois, mais la mésaventure rencontrée par les 3 Suisses le week end dernier et qui fait désormais le tour du web.

Un malencontreux problème de récupération / synchronisation des prix ... qui sont en mise à jour automatique AIE !

Excuses 3 Suisses Erreur de Prix

Voilà qui occupe désormais, à n'en pas douter les équipes 3 Suisses.com à quasi plein temps, puisque comme il est d'usage, malgré l'évidence de l'erreur (qui pourrait croire, malgré la baisse des prix qu'il est possible de trouver un 52 pouces Samsung à 179 €), un certain nombre d'internautes (ceux là même qui profitant de la faille passent une multitude de commandes) menacent de poursuites...

Alors que dit la loi dans ce cas là, c'est à dire lorqu'une erreur de prix se glisse dans le catalogue produits d'un site ? (Et ca arrive à tout le monde, la FNAC ayant rencontré ce problème il y a quelques mois (en février) sur un Kit Reflex Nikon D90 affiché à 249.90 euros, au lieu de 1 249 €. Sur cette affaire la FNAC avait proposé pour les internautes ayant passé commande lors de la boulette, de bénéficier d'un bon d'achat de 250 €.)

Nikon D90 à 249 € chez Fnac

Le commerçant est il tenu de livrer le produit au prix annoncé ?

La législation française est dans ce domaine plus complexe que la loi américaine,qui stipule clairement que non, le commerçant n'y est pas tenu. En france, en dernier recours devant un tribunal, c'est le juge qui sera amené à établir si le prix proposé peut paraître "sérieux" pour le produit ou le service proposé.

Pour illustrer ceci, je reprends un jugement de 2002, publié sur le site de l' AFJV.

Tribunal d'instance de Strasbourg, 24 juillet 2002, Thierry P. c/ Netbusiness Planète Discount

Un courrier électronique de confirmation de commande en ligne, dans lequel apparaît une erreur matérielle de prix sur le produit acquis, ne manifeste pas le consentement du vendeur à la vente. Tribunal d'instance de Strasbourg, 24 juillet 2002, Thierry P. c/ Netbusiness Planète Discount.

Faits

Un consommateur passe commande, sur le site Internet d'une société, d'un rétroprojecteur moyennant un prix particulièrement bas. Malgré l'envoi automatique d'un courrier électronique de confirmation de commande, la société conteste la validité de la vente en raison d'une erreur matérielle sur le prix du produit vendu.

Le consommateur qui demande au Tribunal de confirmer la commande est débouté pas les juges qui concluent à la nullité de la vente.

Contenu de la décision Selon les juges d'instance, "il apparaît évident que le prix proposé par la société sur son site Internet, soit 1/10ème du prix proposé pour cet appareil à la même époque par les concurrents de la société, résulte d'une erreur purement matérielle d'étiquetage informatique".

Le prix proposé qui "n'a pas exprimé le consentement de la société" amène le Tribunal à prononcer la nullité de la vente pour défaut de consentement.

Commentaire

L'envoi d'un courrier électronique de confirmation de commande est une pratique courante sur les sites Internet de vente en ligne. A ce titre, l'article 11 de la Directive n° 2000/31/CE du 8 juin 2000 (La Directive "commerce électronique") précise que dans le processus de commande en ligne, le prestataire doit accuser réception de la commande passée par le consommateur.

L'article 1591 du Code civil dispose que le prix du bien vendu doit être déterminé et désigné par les parties et cela quelque soit le mode de conclusion du contrat (électronique, écrit papier, verbal). La décision du 8 juillet 2002 confirme une jurisprudence établie de longue date : le prix doit non seulement exister mais il doit également être sérieux (Req. 3 mai 1922). Les juges ont, pour apprécier les prix "dérisoires", un large pouvoir d'appréciation. En l'espèce, il a été démontré que le bien vendu à un dixième du prix pratiqué chez les concurrents ne manifestait pas le consentement de la société et ne pouvait être que le fruit d'une "erreur purement matérielle d'étiquetage informatique".

Par ailleurs, il apparaît que la contestation d'un courrier électronique de confirmation est toujours possible sur le fondement des dispositions légales impératives relatives aux vices du consentement. Un consentement donné suite à une erreur est, au sens de l'article 1109 du Code civil, vicié. Le contrat de vente se trouve donc frappé de nullité absolue.

La Morale de l'histoire

Il y a peu de chance que 179 € puisse être considéré comme un prix sérieux pour un écran de 52 pouces... Quoi qu'il en soit, l'équipe 3 Suisses va dans les prochains jours être soumise à une grosse charge de travail liée à cette boulette informatique. A priori tout cela se devrait donc bien se finir, et l'on retiendra de cet événement malheureux sans doute que l'énorme Buzz qu'il a suscité en quelques heures.